J’ai répondu aux questions d’un groupe d’étudiants entreprenant des recherches sur « les enjeux du port d’armes libre en France et la volonté de rétablissement de celui-ci ».
- Quel est votre rapport à l’armement, à partir de quand, et pour quelles raisons, celui-ci est-il né et s’est développé ?
J’ai passé mon enfance à la campagne dans les années 80 et j’ai ainsi toujours eu accès à des armes. Les fusils et carabines semi automatiques étaient vendues dans les supermarchés sur simple présentation de sa carte d’identité. A l’âge de 12 ans mon père m’a appris à conduire sa moto 125cc , je partais à 100km/h à travers champs pour rejoindre les copains pour, par exemple, faire une séance de ball-trap improvisée au fusil à pompe. Il y avait toutes les générations. Le plus souvent je pratiquais avec un ami le tir à la carabine de petit calibre dans une carrière abandonnée, elle était le véritable champ de tir du coin.
Mais les études à Paris m’ont éloigné des armes et mon intérêt était ailleurs.
Toutefois à 18 ans (ou 21 ?), pour marquer le coup, je me suis acheté un pistolet de petit calibre à un coup. On ne pouvait s’acheter que ce type d’arme de poing. Ça m’avait peiné mais sans plus, l’achat était surtout symbolique.
De longues années se sont écoulées sans que la question des armes me traverse l’esprit. Après la naissance de mon premier enfant j’ai déménagé et c’est alors que j’ai retrouvé le pistolet acheté 15 ou 16 ans ans plus tôt dans un carton au fond d’un débarras. Je me suis donc renseigné sur la loi et j’ai découvert qu’il fallait s’inscrire dans un club de tir pour avoir le droit de le garder, ce que j’ai fait. À ce moment je découvre donc la nouvelle réglementation sur les armes et que j’étais bien moins libre aujourd’hui, père de famille dans ma trentaine, qu’à 12 ans : l’absurdité de cette situation m’a sauté au visage. Ça et la pompe grotesque de l’accès aux armes entretenue via le tir sportif, si loin de ma jeunesse heureuse et libre, ont été le déclencheur de mon militantisme.
J’ai commencé à militer pour la protection des droits acquis en tant que tireur sportif avec une association mais j’ai vite compris que le mal était profond, la défense des droits actuels insuffisante, la question plus grande et qu’il fallait un changement de paradigme. Les armes servent par nature à attaquer ou à se défendre. Attaquer n’étant pas légitime mais se défendre l’étant, il était évident que la seule légitimité réelle de l’accès aux armes pour un civil se trouvait ici.
Les attaques terroristes du 13 novembre 2015 ont permis une impulsion suffisante pour qu’une poignée de militants pro-armes sur les réseaux sociaux (Forum et Twitter) décident de s’organiser en créant une association. Je suis un des sept fondateurs de l’Association pour le Rétablissement du Port d’Arme Citoyen (ARPAC).
- Pourquoi considérez vous que le port d’armes citoyen est un droit qui doit être rétabli ?
Pour appréhender la question du port d’armes il est nécessaire de répondre à une question et de comprendre son contexte.
La question est la suivante : a-t-on le droit de défendre sa vie ?
Les individus ont des droits naturels imprescriptibles : la vie, la liberté, la sûreté, la résistance à l’oppression, la propriété. Que le droit positif interdise les moyens concrets et réels de les protéger individuellement revient à les nier. Les droits sans les moyens d’en jouir ne valent rien.
Le contexte est le suivant : il n’y aura jamais de désarmement. Il y aura des armes tant que les Hommes auront un cerveau et des mains. Sans même parler du trafic, des poings au couteaux de cuisine en passant par les avions et les béquilles, il y aura toujours ne serait-ce que des armes par destination.
N’importe quoi peut remplacer une arme à feu pour agresser. Rien ne peut remplacer une arme à feu pour se défendre. La loi ne désarme que ceux qui la respectent.
Si nous avons le droit imprescriptible à la vie, droit qui ne s’arrête pas au delà de notre porte d’entrée, nous devons avoir droit aux moyens de la défendre.
- Selon vous, quel est le principal obstacle au développement de l’armement individuel en France ?
L’État.
Au début des années 90, la ministre communiste du sport Buffet a conditionné l’accès à certaines armes -pour faire court celles les plus aptes à la défense- à la pratique du sport. En plus d’être fondamentalement illégitime, ce conditionnement est un piège qui ne peut mener qu’au désarmement des Français.
Aujourd’hui l’accès aux armes à feu est conditionné par trois pratiques : le tir sportif, la chasse et la collection. Une arme, par nature, sert à attaquer ou à se défendre. Il n’y a pas besoin d’arme à feu pour la pratique du tir sportif : des carabines à plomb ou laser suffisent. Plus on défend le sport, moins on défend les armes.
Il n’y a pas besoin d’armes en capacité de tir pour la collection. Seules les carabines de chasse sont utiles, encore que, il existe bien d’autres moyens de réguler les populations animales sans souffrances, en tous cas en théorie.
La seule légitimité de l’accès aux armes à feu est la défense, elles sont en grande partie remplaçables pour le reste. Nous n’avons pas besoin d’ex armes militaires, pas besoin de carabines à bande, pas besoin de tels calibres, de telles munitions, pas besoin d’armes de telle taille, de telle puissance, de telle capacité… etc.
Et comme l’État s’arroge seul le droit à la violence légitime la logique fait le reste, mais cette prémisse est fausse.
Fausse ne serait-ce que par principe de subsidiarité : si l’État n’est pas capable de nous défendre, nous récupérons de facto ce droit. La télépathie et la téléportation n’existent pas.
Au-delà de l’État, c’est à chacun de prendre conscience qu’à travers la question du port d’armes, ce sont nos propres droits naturels qu’on choisit d’abandonner ou de défendre. La fracture se trouve ici.
- Quels arguments avancez-vous à l’attention des personnes qui, par hoplophobie, s’opposent à l’armement individuel ? Comprenez-vous leurs craintes ?
Mes arguments sont ceux que j’ai développés dans mes réponses précédentes.
Je ne saurais vous dire combien de centaines de fois on m’a rétorqué que le port d’armes serait « le Far West » comme aux États-Unis. Comme si la France n’en était pas un. Le Bataclan, c’était à cause, ou pas, de notre droit sur les armes ? La propagande et désinformation lourde démocrate américaine a totalement imprégné les esprits français. Je ne suis pas fâché que Musk sape l’USAID.
Je ne saurais vous dire combien de fois on m’a rétorqué avoir peur du fameux « voisin fou », qui attendrait donc d’avoir son autorisation préfectorale pour se procurer une arme à feu légalement avant de vous attaquer et dont il faudrait se défendre en… s’interdisant soi d’avoir une arme.
Au tout début de mon militantisme je me moquais gentiment des opposants en les singeant : « Plutôt mourir que défendre ma vie ! » écrivais-je souvent. J’ai déchanté en croisant une personne dont c’était sérieusement l’argument pour y être opposé. Il y a eu pire, comme le fait que n’importe quelle femme puisse se défendre d’un homme fort…
Si nous avons le droit de nous défendre, nous devons avoir droit aux moyens de le faire : la logique devrait faire le reste. Malheureusement nous vivons une période où il est très difficile de compter dessus et d’argumenter puisque la crainte des personnes opposées au port d’armes se situe au niveau de leur intégration sociale qu’il leur faut sans cesse réaffirmer de peur de se faire excommunier. Pour beaucoup cela a bien plus d’importance ne serait-ce que le fait de reconnaître la réalité la plus basique. On déclare aujourd’hui sans sourciller telle ou telle affirmation vraie ou fausse, juste ou injuste, bonne ou mauvaise, pourvu que cela corresponde à la doxa.
Il ne s’agit donc pas tant d’une question d’argumentation que d’approche. La confrontation ne fera que conforter l’opposant dans sa posture. Il faut revenir aux bases, être à l’écoute et procéder par interrogation : ai-je le droit de me défendre ? Comment ? Es-tu sûr de ce que tu affirmes ?
Assommer à coups d’arguments, aussi bons soient-ils, est souvent vain : c’est un chemin qui doit être personnel et volontaire.
Ensuite il ne faut pas hésiter à incarner la personne qui veut ce droit de porter une arme pour se défendre, que cela ne reste pas de l’ordre du fantasme.
Enfin, il ne faut pas hésiter à s’affirmer sur ce sujet quand l’occasion se présente et en finir de cette idée fausse qu’il y aurait un consensus contre.
La raison, la volonté que chacun ait le moyen de protéger sa vie et celle de ceux que nous aimons, sont notre moteur, il faut agir en concordance.
- Quels sont le rôle et les objectifs de l’ARPAC, qu’est-ce que cette association souhaite faire évoluer ?
Je vous invite à prendre connaissance du but de l’ARPAC, ses missions et engagements et les principes fondamentaux qui la portent, que j’ai en grande partie rédigés.
- De façon concrète, quelles actions mène l’ARPAC pour contribuer à la reconnaissance des revendications et de la sensibilisation concernant l’armement ? Y a-t-il une stratégie particulière que l’association a adoptée ?
Je vous invite à poser la question à un représentant de l’association, ce qui n’est plus mon cas.
- Les membres de l’ARPAC agissent-ils chacun de leur côté pour effectuer ce travail de reconnaissance (question que nous nous posons du fait de l’existence de votre chaîne YouTube, dont nous aimerions connaître la vocation) ?
Je suis membre à vie de l’ARPAC mais je ne la représente plus. J’ai décidé de continuer à militer pour le port d’armes par le biais de la culture des armes. J’essaie de tisser des liens entres les différents acteurs, les différentes communautés et associations. Je tente à mon très humble niveau de contribuer à la renaissance de la culture des armes en France, qui est un prérequis indispensable à la réussite du rétablissement du droit pour les civils de porter une arme pour leur défense.
- Considérez-vous que la culture et la fiction (films, séries, œuvres en tous genres…) peuvent être des leviers pour la reconnaissance de l’armement et le rétablissement du port d’armes citoyen ?
Oui, en normalisant la présence d’armes, en les faisant rentrer dans les foyers et dans l’imaginaire, en se les appropriant en s’appropriant des héros. Beaucoup de tireurs sportifs sont influencés dans le choix de leur première arme par un film ou un héros : « Je peux m’acheter la même arme ! »
Les armes offrent non pas un sentiment de toute puissance comme on veut bêtement et avec malveillance le projeter sur les détenteurs d’armes quand on ne connaît pas le sujet, mais un sentiment de liberté. Liberté surveillée, conditionnée, piétinée, malheureusement, mais assez réel pour qu’on entrevoit ce qu’on nous impose et qui n’est pas légitime. Il faut avoir le courage de remettre en cause cette situation.
Toutefois les fictions ne sont pas exemptes de propagande et instillent toute une panoplie d’idées fausses et de lieux communs absurdes, notamment ces dernières années. Si ce sujet spécifique vous intéresse je vous invite à suivre le debunkage du Docteur John Lott qui les relève régulièrement sur sa chaîne Youtube.
Aussi il faut savoir que la renaissance de la culture des armes passe aujourd’hui par les créateurs de vidéos en ligne, notamment sur Youtube, avec les « guntubeurs ». Nous approchons aujourd’hui le nombre de 200 chaînes francophones diverses et variées qui parlent d’armes à feu. J’essaie d’en tenir la liste à jour sur mon site.
Puisqu’on ne parle pas de nous, ou mal, nous participons à cette nouvelle réalité : nous sommes les médias !
- Avez-vous une idée de l’état des lieux concernant la question de l’armement individuel dans les instances publiques, notamment au Parlement ?
Je vous invite à poser la question à l’UFA qui saura mieux vous renseigner.
- L’ARPAC, ou ses membres, ont-ils une quelconque présence dans les sphères politiques ? Savez-vous si des parlementaires sont favorables aux sujets qu’elle traite ?
Je ne saurais pas vous répondre aujourd’hui pour l’ARPAC, je peux toutefois me permettre une réflexion au sujet des politiques : les politiques et parlementaires (vaguement) favorables au port d’armes l’étaient via le biais d’une « garde républicaine » ou autre engagement étatique de ce genre, très à la mode après 2015. Ils n’arrivent pas à concevoir l’accès aux armes autrement que sous allégeance. Nous manquons cruellement d’hommes politique épris de liberté et qui considèrent les citoyens autrement que comme un cheptel à décorner.
- Le travail de législation devant potentiellement se faire progressivement, quelles mesures seraient selon vous les plus « abordables » et « accessibles » actuellement en France ?
Il suffit de prolonger une ligne d’un texte qui autorise le port aux professionnels : « … et aux citoyens formés ».
J’ai aussi rédigé les propositions et pistes législatives de l’ARPAC que vous trouverez ici : https://www.arpac.eu/pistes-pour-un-changement-legislatif/
- Dans cette logique de travail politique et législatif, considérez-vous que certains partis pourraient être favorables à défendre un projet de loi en cohérence avec les objectifs de l’ARPAC ? Si oui, lesquels ?
À l’exception de micro-partis et quelques individus seul Reconquête! a évoqué le sujet de la défense personnelle avec quelques très timides propositions, comme la défense excusable suisse (évoquée d’ailleurs dans les propositions de l’ARPAC). Toutefois une antenne locale de ce parti nous avait contacté pour organiser une conférence afin que nous exposions nos arguments mais « Paris » a mis son veto, sans plus d’explication…
À noter le Parti Libertarien, favorable au port d’armes, avec deux candidats lors des européennes qui mettaient en avant le « vrai droit à l’autodéfense » sur leurs affiches de campagne. Je pense que c’est une première en France, grâce leur soit rendue !

- Si vous aviez un message à faire passer aux décideurs français quant à la question du port d’armes individuel, quel serait-il ?
Afin de préserver le lien de confiance entre l’État et les citoyens, donner à ces derniers la possibilité de se défendre, alors que l’État n’est de toute évidence pas capable de le faire, serait une belle façon de faire preuve de probité.
- L’ARPAC travaille-t-elle en collaboration avec d’autres associations ou organisations ayant des objectifs convergents ? Peut-être dans l’optique de faire porter leurs volontés d’une seule voix et être plus visibles ?
L’ARPAC a soutenu financièrement un projet de l’Union Française des amateurs d’Armes. C’est la plus grosse association de défense des détenteurs d’armes en France, spécifiquement sur ce sujet, elle représente 34 000 personnes et elle est aujourd’hui incontournable. Elle est devenu un interlocuteur des autorités et communique bien. Tout détenteur d’armes devrait y adhérer.
Dernièrement le président de l’UFA et de l’ARPAC étaient ensemble en direct avec moi sur ma chaîne Youtube pour commenter un reportage de M6.
Les liens existent dans la communauté des détenteurs d’armes et ils ne cessent de se renforcer.
- À quel point pensez-vous que l’ARPAC a une capacité à orienter voire influencer le débat public ?
L’ARPAC apparaît régulièrement dans les médias, grands et petits, dès que le sujet aborde la question du port d’armes (à l’exception incompréhensible de TV Liberté pour une raison que je ne connais pas).
À force de ténacité, la question du port d’armes s’ancre petit à petit dans le débat public. Nous avons vu dernièrement pour la première fois un sondage à ce sujet qui nous a appris que 20% des Français étaient favorables au port d’armes, ce qui est une grande avancée ! Aussi bien l’existence du sondage que le résultat. Quel aurait été le pourcentage si les personnes interrogées avaient connaissance des conditions préalables proposées par l’ARPAC ? Et s’il y avait une plus grande couverture du sujet ? Je ne doute pas un instant que le bond aurait été saisissant.
La capacité de l’ARPAC dépendra pour beaucoup du nombre de ses adhérents et militants. Il en faudrait 10 fois plus qu’à l’heure actuelle (2500 membres en 2024).
J’espère aussi sincèrement que ce n’est pas une énième attaque, encore plus tragique que les quotidiennes, qui fera rentrer la réalité de force dans les esprits. Il est plus que temps de passer des mantras à l’anticipation.
- L’association a-t-elle une volonté d’améliorer cette capacité ?
Je n’en doute pas.
- Pensez-vous que l’ARPAC peut-être considérée comme un lobby ? Pourquoi ?
Pas encore. Aujourd’hui l’ARPAC manque de volume pour faire pression d’une autre façon qu’avec des arguments, et si la raison suffisait, les lobby, autrement dit les groupes de pression, n’existeraient pas. L’ARPAC a besoin de membres et de fonds à la hauteur de l’idée essentielle qu’elle représente.
- De par son modèle historique et son passif d’association de tireurs, considérez-vous la NRA comme un modèle à suivre pour développer l’armement individuel en France ?
Cela vous paraîtra peut-être étonnant, mais je ne m’intéresse pas du tout à la NRA, elle n’a jamais été un exemple (sauf peut-être dans l’argumentation) ni pour moi, ni à ma connaissance pour l’ARPAC. D’autres associations américaines m’intéresseraient peut-être plus : GOA, FPC…
Nous n’avons copié personne lors de la création de l’ARPAC, nous ne nous sommes inspiré de personne, nous avons simplement, à partir de nos convictions, fait ce qui nous semblait être nécessaire et le plus juste, honnête et adéquat.
Comments by Ian